Dimanche 12 octobre

On quitte Taroudant, là où on vous avait laissé la semaine dernière pour descendre le long de cette immense vallée, direction la côte ouest du Maroc. Vent de dos, plein soleil… ça roule tout seul…
Une petite erreur de navigation (tout de suite remarquée par Francis grâce au tracking GPS) nous fait perdre une quinzaine de kilomètres et c’est donc en milieu d’après-midi que nous rejoignons la mythique Nationale 1, cette route commerciale essentielle qui relie le nord du Maroc à l’Afrique de l’ouest, en traversant le Sahara le long de l’océan Atlantique.
Cette route, et ses panneaux indicateurs qui nous donnent les distances kilométriques jusqu’au Sénégal (pas bon pour le moral), nous allons la suivre pendant plus de 1500 km, jusqu’à la frontière mauritanienne et ses 10 km de no man’s land parsemés de mines (ouaiiiiiiiis)…
La première nuit le long de cette voie rapide se passe pas trop mal : on est accueillis par Rachid qui nous prête la maison de son frère en vacance, nous gratifie d’un magnifique couscous aux légumes et pousse même la gentillesse jusqu’à nous brancher la parabole pour ne pas rater « V pour Vendetta » suivi des « Experts » sous-titrés en arabe… (on en oublie même de dormir).
Lundi 13 octobre

Début d’une nouvelle semaine. Nous retrouvons non sans plaisir notre route favorite là ou nous l’avions laissée la veille pour une première journée à la rencontre du désert… Le vent est légèrement de face… Il commence à faire chaud dès 9h00… C’est parti mon kiki !
Pause midi à Tiznit. JF qui commençait à avoir un peu de mal derrière est blanc puis vire au vert clair au moment de passer à table. C’est quand il nous regarde avaler nos pâtisseries sans même vouloir y goûter que le signal d’alarme sonne… ça va vraiment pas !!!
Il va donc siester un peu dans un parc pendant que Nico et Jul s’en vont zoner sur le net et se faire raser de près (Julien tente alors la coupe dite « moustache »… c’est laid mais il s’en fout nous dit-il).
La fin de journée se passe au ralenti. La nuit commence à tomber au milieu de nulle part et le trafic à se faire de plus en plus dangereux. On s’arrête dans un club des jeunes le long de la route… Ça joue au kicker et au billard, ça mange du yaourt aux fruits puis finalement ça nous laisse la place pour étaler nos matelas et nos sacs de couchages…
Mardi 14 octobre
Réveil avec la radio en français à fond dans le local… c’est la crise partout… il faut revendre ses stocks options pour réinvestir dans le football belge qui semble se porter à merveille…
Et pendant que le monde financier s’écroule, notre seule préoccupation de la journée sera de rejoindre Guelmim, ville du désert située à une centaine de kilomètres de notre café-billard.
Avant ça nous devons affronter notre dernier petit col avant les immenses étendues plates que l’on nous annonce depuis Agadir. 20 km de côte pour un passage à 1100 m d’altitude en fin de matinée. Descente magnifique vers Bouizakarne puis tournant à 90° pour prendre le vent en plein dans les dents et entamer les 40 kilomètres affichés jusqu’à notre destination du jour.

Deux heures… formation vent de face… Nico devant… JF et Julien dans sa roue… on compte les kilomètres un par un… on espère qu’ils se sont trompés en calculant… puis on se dit que s’il n’y avait pas de vent… que si on faisait le tour du monde dans l’autre sens… mais non… c’est trop tard.
On arrive à Guelmim sur les genoux. On se reprend une dose énergétique comme seule notre trio sait le faire et puis on se dit qu’en fait on pourrait continuer un peu.
30 kilomètres plus loin, le soir commence à tomber, le ballet incessant des camions chargés de moutons et de poulets reprend son rythme infernal. On commence à chercher un logement.
On est refusés dans une école coranique puis finalement accueillis dans un petit hameau berbère de deux maisons : deux familles et un troupeau de chèvres pour une ambiance qui nous rappelle celle du film « Babel ». On partage le thé puis une superbe tajine maison. Fin de la journée.
Mercredi 15 octobre

Salama nous réveille comme demandé à 7h00 tapantes avec le thé fumant et le ptit dèj à base de pain et de beurre maison.
On reprend la route après une rapide visite de la basse-cour. Le vent s’est affaibli, ça roule bien. Nous qui pensions avoir traversé le désert la veille… C’est seulement lors de cette 40e étape que nous allons faire sa vraie connaissance : sable… pierres… soleil… à perte de vue… Ça peut paraître monotone mais c’est magnifique.
Pause de midi dans un buisson, seule ombre disponible depuis des kilomètres. Pain, vache qui rit, chocolat… il en faut peu pour nous rendre heureux.
Arrivée à Tan-Tan vers la fin de journée, pause calories puis sprint final de 30 km jusqu’à la mer que nous atteignons au moment où le soleil se couche, ensablés jusqu’aux oreilles après avoir roulé derrière un tracteur fou pour se protéger du vent…
On se lave rapidement dans la mer puis on s’entasse dans un garage pour passer la nuit avec des pêcheurs de sardines…
Jeudi 16 octobre

Réveil tôt avec nos amis pêcheurs. Ils réparent leurs filets pendant que nous changeons nos chaînes pour la 4e fois depuis Bruxelles, signe que nous avons franchi la barre des 4000 kilomètres lors de l’étape de la veille.
Les villages commencent à se faire plus rares sur la route. Les indications qu’on nous donne pour les prochains 150 km ne sont pas claires et nous encouragent à faire le plein de provisions, au cas où… Rien ne sera de trop de toute façon.
Pendant 50 km, c’est le même topo : ligne droite… toute plate… à droite le désert… 150 m à gauche des falaises qui se jettent à pic dans l’océan.
Premier village après 30km. Contrôle de police. Jul est boulanger, JF menuisier et Nico soldat… Ça va être le début d’un grand jeu avec la gendarmerie royale (le lendemain à l’entrée de Lâayoune, Nico sera argonaute, JF physicien des fluides et Julien chanteur-auteur-compositeur).
On s’arrête pour observer des pêcheurs qui lancent leurs lignes du haut des falaises. L’un d’entre eux à une rage de dents. Nous leur offrons des anti-douleurs et recevons avec surprise un magnifique et énorme poisson frais en échange. Il finira dans notre assiette le midi même après un passage dans la friteuse de la pompe à essence suivante.
Passage en direct à la radio à 13h30 (heure locale, ndlr) puis arrive le village d’Akhfenir, le dernier avant 100 km d’immensité désertique.
L’obscurité tombe 25 km plus loin, et la chance nous conduit vers une école en construction à quelques centaines de mètres de la route. On passe la nuit dans une classe…
Vendredi 17 octobre

Journée Marathon. Réveil à 6h00. Départ à 7h40, l’estomac plein de Cerelac froid et de pain.
Vent de côté pour les 80 premiers kilomètres qui nous emmènent à Tarfaya, un port en liaison avec les îles Canaries situé à mi-chemin entre Tan-Tan et Lâayoune, notre destination du jour.
Énorme pause gastronomique de midi à 15h, puis on remonte avec difficulté sur la selle pour une centaine de kilomètres avec le vent dans le dos, jusque Lâayoune, capitale du Sahara Occidental d’où nous vous écrivons aujourd’hui.
180 km en une journée, le record est battu…
Depuis Lâayoune, nous avons décidé de prendre un camion jusqu’à la frontière mauritanienne, pour plusieurs raisons. Pour une raison de sécurité tout d’abord : nous arrivons dans des zones où la situation politique est encore un peu tendue et nous ne voulons prendre aucun risque de ce côté. Et puis parce que cette avancée va nous éviter huit jours de désert monotone et nous permettra sans doute un petit détour sympa au Sénégal et de la belle piste au Mali pour rejoindre Bamako.
Il est 17h00… le temps de rejoindre la dernière station d’essence à la sortie de la ville et d’espérer qu’un camion à destination de Nouadhibou ait encore un peu de place dans sa benne…
À vous les studios…
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