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La Première - Cocktail Curieux - jeudi 6 novembre 2008
Nous arrivons maintenant sur la fin de notre traversée du Sénégal et il est grand temps pour nous de vous raconter nos deux semaines dans ce superbe pays.
Nous vous avions laissés à l’entrée du pays à Saint-Louis où nous avons passé trois jours bien requinquants à l’européenne : vrais lits, bière locale (mmmh le seul format de cette « Gazelle » fait 65 cl), soirée concert de l’excellent Disiz La Peste (rappeur franco-sénégalais) en super forme ce soir-là, steak hyper tendre sauce roquefort préparé par notre hôte Vincent, soirée disco dans un bar sur l’île du centre ville, visite au musée d’histoire du Sénégal (hum hum, vraiment historique le musée… non dépoussiéré depuis 1984), etc. Bref après trois jours, difficile de se remettre en selle mais bien reboostés pour attaquer la brousse… la vraie !
Nous voilà donc effectivement lancés sur le « goudron » sénégalais… Oui je dis bien goudron, c’est le terme employé depuis la Mauritanie et ce n’est en effet pas toujours le mot « route » qui serait d’application pour ces gruyères de bitume mélangés à de la poussière.
Nous avons trouvé pendant notre traversée probablement la plus monstrueuse route du monde… C’est un tronçon de 150 km sur la nationale qui relie Dakar à Bamako. On nous en avait parlé depuis plus de 200km mais nous ne pouvions imaginer une telle « route de l’enfer » : nids de poule pouvant facilement accueillir une famille d’autruches, parties de route totalement détruites et tellement pierrées que difficile à tenir le guidon et sacoches qui volent, camions géants des années 60 qui nous frôlent dans un nuage de poussière toutes les deux minutes et nous obligent à rouler dans le sable du bord de route, etc.
Ouf nous arrivons à Tambacounda sains et saufs, où nous apprenons que la route venait d’être refaite, en 2004… à leur manière !
Les villages que nous rencontrons depuis notre arrivée au Sénégal sont super typiques et charmants. De la hutte 100% paille à la case super luxe « comme dans Les Bronzés », nous trouvons chaque jour accueil parmi ces familles qu’ils soient d’ethnie Wolofs, Peuls ou Malinkés. Certains parlent français et les soirées se prolongent jusque tard pour échanger nos histoires et cultures, certains ont une ribambelle de gosses surexcités et on se met en mode baby-sitter des heures durant, certains nous voient arriver morts après une trop longue journée de vélo sous leur soleil de plomb et nous observent paisiblement nous endormir après un bon plat de couscous de mil à la sauce de cacahuètes… Mais dans tous les cas c’est avec un échange de sourires et de remerciements que nous quittons ces villages après s’être faits réveillés avant le lever du soleil par une chèvre broutant notre tente ou un coq un peu déréglé.
Entre les villages nous traversons de superbes paysages qui gagnent en exotisme au fur et à mesure des kilomètres. Ce dimanche nous avons traversé le parc National du Niokolo Koba, une journée qui vaut la peine d’être un peu détaillée.
Déjà la veille nous avions fait le plein d’infos concernant la traversée de ce parc et les manières de profiter un max de la faune et la flore qu’il abrite. Le premier guide (Amahdou, retenez son nom, il revient plus tard), nous explique clairement qu’il est formellement interdit de traverser le parc à vélo… trop dangereux en raison des lions qui l’habitent (et qui aiment se réchauffer sur le bitume) et risque d’amende énorme si on se fait prendre. Amahdou nous propose alors de traverser le parc pour une centaine d’euros, ce qui ne nous arrange que moyennement, donc nous allons voir plus loin.
Un second guide nous dit qu’on peut tenter la traversée à vélo : « J’en ai déjà vu une fois qui sont passés ».
Des gendarmes nous autorisent la route en nous disant de faire attention alors que les cuistots du resto voisin rigolent en disant « ah, voilà le repas des lions ».
Le jour J
7h49 : L’entrée même du parc et son poste de garde. Un gardien nous salue et nous propose de remplir nos bouteilles d’eau. On lui demande si on peut passer à vélo… : « Si on vous demande, vous ne m’avez pas vu, je ne vous ai pas vu. »
7h58 : On s’élance.
8h18 : Toujours la savane, rien de bien excitant. On roule à du 10 km/h et on scrute dans toutes les directions en espérant voir un animal étrange… la tension est à son comble.
8h52 : « Là, ça bouge dans les fourrés » dit Julien. Une famille de phacochères qui s’enfuit à travers le sous-bois. Waw, impressionnants ces gros sangliers version Pumba.
9h28 : Nous continuons à progresser en formation « Buddy Longway » : vent de face pour ne pas se faire repérer des animaux par notre odeur (oui, ils n’avaient pas de douche au dernier village).
10h35 : Une cinquantaine de babouins au milieu de la route. Ils s’écartent, poussent des cris dans les arbres pour nous faire partir. Notre morceau de pain ne les intéresse pas… continuons !
10h50 : Un marabout, ce superbe oiseau géant au bec rouge.
11h30 : Arrivée au poste de garde en plein milieu du parc. On n’a rien à faire là, on s’fait engueuler, on s’explique (« Personne ne nous avait prévenu ! » disons-nous en cœur), ça a l’air de s’arranger… et puis… une voiture s’arrête, c’est Amahdou ! Il explique en gueulant aux gardes qu’il nous avait prévenu et l’ambiance tourne quelque peu à notre désavantage.
13h20 : Nous sommes au resto avec Ahmadou… à la sortie du parc après 45 minutes de discussions et 50 km sur le toit de son pick-up.
14h00 : Rencontre avec Ibrahim, il est intéressé par notre aventure et on fait vite ami-ami. On lui dit qu’on va voir les hippopotames le long du fleuve Gambie et il s’empresse d’aller chercher son vélo pour nous accompagner.
17h21 : Après un bonne sièste et une jolie ballade le long du fleuve, nous les voyons ! Impressionnant la bêbête !
18h12 : On a tout vu sauf les lions… On décide de trouver un endroit pour laisser les bikes et faire un aller-retour en auto-stop dans le parc à la tombée de la nuit (le moment idéal pour croiser le Roi).
18h17 : Rencontre avec Amédé, gardien d’un campement encore fermé (hors-saison) qui nous propose d’y loger… et d’emprunter la Lada Niva du patron pour aller voir les lions ! 10 litres dans le réservoir, un peu de pression dans les pneus et nous voilà au milieu du parc… sur la réserve d’essence. Oups, demi-tour ! Bredouille. Grrrrrr on en verra au Mali.
21h54 : Amédé et Ibrahim nous proposent d’aller voir le mariage d’un de leurs amis. Ambiance de feu, danse africaine, youkoulélé de tam-tam pour les toubab (blanc européen) qui se déhanchent pas mal selon eux et thé autour du feu.
23h48 : Crevés, on rentre au campement.
23h59 : On dépose Brahim à sa maison.
Brahim tu descends pas ?
Quoi, tu veux ton salaire ?
Ah ton salaire pour nous avoir accompagné toute la journée/soirée !
Merde… on n’a apparemment affaire à un rigolo qui veut nous arnaquer.
00h25 : Brahim demande toujours plein d’argent de plus en plus violemment.
00h29 : On en vient aux mains.
00h36 : On doit aller s’expliquer avec sa famille… Il a une batte et une brique dans chacune de ses mains.
00h42 : On remballe les affaires, on fait semblant de le suivre et on s’enfuit à fond par la route.
1h49 : On a assez fuit… on se pose. On dort avec un chercheur d’or dans un village à 25 km de Brahim.
2h02 : Une moto passe très lentement… il ne nous a pas vu à cause des herbes… on déplace les tentes encore un peu plus loin pour être sûrs.
7h00 : On a bien dormi, le soleil est là, les oiseaux chantent, le paysage est superbe. On reprend la route l’esprit tranquille vers le Mali.
11h48 : On écrit cet article tranquillement dans un cyber-café de Kedougou… Tout ça c’est derrière nous !
Dommage qu’une si belle journée se soit terminée de cette manière. C’est le premier personnage du genre que nous rencontrons au Sénégal… À ne pas généraliser donc ! Nous quitterons ce pays avec un superbe souvenir d’accueil magnifique, de paysages et de faune mémorables.
Deux ou trois jours de pistes et le Mali est à nous !
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