La Chine, clap 2e
31 03 2009Lundi 23 mars. Après s’être enfuis de Lanzhou, ville la plus polluée de Chine, le plan est d’aller rejoindre la grande muraille qui doit nous guider dans les jours à venir. Facile nous dit la carte… sauf que nous sommes séparés de ladite muraille par près de 200 km de montagnes. Pas de quoi nous faire peur, on a connu pire, la route est belle et les paysages le deviennent aussi en s’éloignant de la ville; nous sommes au beau milieu de montagnes truffées d’anciens habitats troglodytes. Le soleil est avec nous et les kilomètres s’enchaînent tranquillement jusqu’à la pause de midi dans la petite ville de Gaolan où se forme un attroupement pour nous regarder manger. On explique qu’on est Belges et que l’on rentre chez nous en vélo. Ça en épatera plus d’un, qui nous conseilleront de faire le plein d’eau et de nourriture : il paraît que la Belgique, c’est loin…
Une bonne après-midi de montagnes russes et on passera la nuit dans un petit village de cinq maisons, écrasés par la fatigue et les quantités de couettes mises à notre disposition par nos hôtes.
Mardi 24 mars. On se lève tranquillement, un bon plat de riz et c’est parti, le rythme est bon ; on a envie de le retrouver, notre vieux mur de briques ! Une petite pause pour visiter le Hollywood local où tout a été reproduit, de la yourte à la caverne au trésor, pour le tournage d’un film sur les invasions mongoles, il y a quelques années, et nous voilà déjà en approche de notre objectif. Malheureusement, nous passons à côté sans même nous en apercevoir…
Eh oui, de la magnifique muraille de briques jonchée de mille tours de guet que nous cherchons du regard, il ne reste ici que quelques tas de terre érodés par les vents. JF, tu crois vraiment que c’est ça ? Non, elle est beaucoup plus grande, elle doit être plus loin…
Nous qui nous voyions déjà dormir dedans, c’est loupé.
Mercredi 25 mars. C’est décidé, cette fois on fera plus attention pour ne pas la rater, la muraille. C’est quand même elle qu’on est venus voir… Mais il faut bien se rendre à l’évidence, elle est là, sous nos yeux, mais il n’en reste pas grand chose. On se consolera en admirant les autochtones travailler la terre avec l’aide d’impressionnants chameaux velus. Pause midi dans un resto en face d’une école qui, en peu de temps, se vide de ses élèves bien plus soucieux d’aller voir trois étrangers manger que d’apprendre leur chinois… On les comprend! Arrivés en fin d’après-midi à Wuwei par de petites routes de campagne, on prend d’assaut une biscuiterie et on s’installe sur la place de la ville afin de calmer nos estomacs. Il ne faudra pas plus d’un quart d’heure pour que se forme un attroupement de 300 personnes (150 selon la police) pour nous saluer, nous prendre en photo ou tout simplement venir voir ce qu’il se passe. Nous sommes obligés de fuir dans un cyber-café afin de disperser les manifestants. Quand on en sort, ce sera pour trouver refuge dans une chambre de l’hôpital local. Dr House de rigueur!
Jeudi 26 mars. Après avoir rêvé d’épinéphrine, de ponction lombaire et de défibrillateur, c’est en bus que nous rejoindrons Zhangye afin de nous épargner des kilomètres monotones sur une nationale trop à l’étroit entre l’autoroute et la voie ferrée. Au programme de l’après-midi: visite du temple local et son fameux Boudha couché (une statue de 35 mètres de long), puis match de basket sur la grand-place (malheureusement, à Zhangye, il n’y a pas que les statues qui sont géantes… des bras télescopiques nous ont trop souvent empêché de marquer). Le temps de donner quelques nouvelles en Belgique via La Première et il est déjà bien tard.
Vendredi 27 mars. Une bonne nuit sous tente dans l’arrière-cour d’un immeuble et on se fait inviter à déjeuner par le patron d’un resto tout étonné de nous trouver là. Demander la direction à suivre en chine est loin d’être évident : un accent mal placé, prononcez un peu de travers le nom de la ville que vous cherchez et on vous enverra dans la direction opposée. Nous en avons fait les frais plusieurs fois et sans l’aide de la boussole, on tournerait sans doute encore en rond du côté de Lanzhou. On loupera d’ailleurs ce matin la petite route secondaire qui nous attirait tant… Qu’à cela ne tienne, on la récupérera 40 kilomètres plus loin. Cette fois-ci, plus d’erreur et le reste de la journée nous emmènera à travers champs, rizières et lacs dans un charmant village où sont alignées une bonne douzaine de maisons de poupée. C’est dans l’une d’elles que nous trouverons refuge pour la nuit. Et nous ne serons pas les seuls : la chambre que l’on nous a allouée verra ce soir-là défiler tout ce que le village compte comme femme de 7 à 77 ans. Elles sont aux petits soins avec nous. Elles nous nourrissent, nous offrent des fleurs et vont même jusqu’à nous faire le lit, non sans l’équiper de couvertures chauffantes. Inutile de préciser que la nuit fut excellente…
Samedi 28 mars. Au réveil, elles sont toutes là, à croire que tout le village a dormi dans la pièce voisine de la nôtre. On déjeune et on se met en route, toujours à travers ces plaines alternant champs et lacs, bordées de part et d’autre de magnifiques chaînes de montagnes. Sur les sommets de celles-ci, nous guettons la moindre tour, vestige de cette muraille qu’on suit inlassablement depuis quelques centaines de kilomètres. Tout à nos observations aériennes, nous ne remarquons que trop tard que le paysage change et à l’heure du dîner, nous voilà au beau milieu de cette étendue déserte appelée Gobi. Pas la peine de préciser que c’est râpé pour le stoemp-saucisse ce midi, on a juste quelques raisins secs avec nous et la première ville se trouve à plus de 40 km. Heureusement, il y a un dieu pour les distraits et c’est dans une usine de sel que nous dégusterons un bon bol de nouilles. C’est reparti tranquillement au milieu de l’immensité désertique interrompue de temps à autre par un vestige de tour de garde. Julien, distrait, nous gratifiera d’un superbe soleil réceptionné dans le sable en admirant un peu trop l’une d’elle. Soirée dans une briqueterie où les ouvriers nous prêtent une chambre rustique mais ô combien luxueuse au vu du poêle dont elle est équipée. Eh oui, elles sont fraîches les nuits du désert !
Dimanche 29 mars. Dur dur de sortir de notre chambre ce matin… Dehors, les bouteilles d’eau ont gelé ! Par contre il fait grand bleu et le ciel dégagé nous permet d’apercevoir au loin les montagnes formant la frontière tibétaine. On profite du spectacle avant que la brume ne se lève et voile totalement l’horizon.
Un déjeuner bien énergétique sur un petit marché et il nous reste 40 kilomètres de route pour Jiayuguan où se trouve un magnifique fort abritant autrefois les garnisons en charge de la surveillance de la fin de la muraille. C’est également ici que les caravanes de la route de la soie traversaient le mur, ce qui en faisait un point stratégique de première importance.
Le fort ne nous décevra pas, par contre, la muraille un peu trop rénovée façon « Euro Disney », on s’en serait bien passé… Finalement, elles avaient leur charme ces ruines…
C’est avec nostalgie que demain nous quitterons ces reliques du glorieux passé de la Chine pour aller pérégriner dans les montagnes de l’ouest en direction du Kirghizistan.
Catégories : Asie, Chine









Cinq Bacardi-coca plus tard, nous voilà enfin sur le sol chinois, pas peu fiers d’exhiber nos visas aux douaniers et de pouvoir enfin s’asseoir dans le TGV à lévitation magnétique dont nous rêvions depuis des mois, qui nous propulse vers le centre ville à 430km/h…
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