Le voilà. Il est tout chaud. Il sort du four. Un article de Julien pour vous raconter plus en détails la première partie de ces dix journées folles à travers la chaîne de montagnes du Tian Shan.
Chine – Le col la bas tout en haut…
Mardi 31/03. Réveil à Turpan. Nous voilà prêts à affronter le Xinjian, la dernière province chinoise qui se dresse sur notre route. Nous avons voulu dormir à la belle étoile dans un parc de la ville mais son gardien nous a installé dans son local, au milieu des lampadaires cassés et des outils de jardinage.
Chine – Passage a -127m dans la Depression de Turpan
Nous quittons la ville de bonne heure vers le Sud pour traverser la Dépression de Turpan, le troisième endroit le plus bas du monde après la Mer Morte et la Mer de Galilée en Israël.
Vers midi, nos altimètres affichent -127 mètres… Même en plongée c’est dur de faire mieux !
Nous atteignons la ville de Toksun en fin d’après-midi et logeons chez Mike, un Uygur que nous rencontrons au cyber-café.
Mercredi 01/04. Dix jours sans se laver… on se contentera ce matin-là d’un mini-arrosoir qui nous servira de douche. Petit déjeuner chez la fiancée et on quitte la ville vers l’Ouest, en remontant petit à petit au-dessus du niveau de la mer.
Nous voilà de nouveau dans le désert. Le soleil tape. L’horizon est toujours bloqué par une couche de poussière derrière laquelle les première montagnes apparaissent vers le milieu de l’après-midi.
Dans un village, au pied des premiers contreforts du Tian Shan, les gens nous annoncent à force de grands gestes que la route est bloquée 20 km plus loin…
On décide d’aller voir nous-mêmes sur place, on portera un peu les vélos s’il le faut.
Mais le long de la route, cela semble se confirmer. Les versions sont chaque fois différentes : route ou paroi effondrée, lit de la rivière sur l’asphalte… sur 30 ou 100 km… mais en tout cas ça ne passe pas.
On se résigne à faire demi-tour et à prévoir un détour de près de 300 km par le Nord, en passant par la ville d’Urumqi et quelques beaux cols d’altitude.
Dans le village, on nous désigne une vieille ruine abandonnée où nous pouvons étaler nos matelas pour passer la nuit.
Jeudi 02/04. Quand on se réveille, la pièce est pleine de Chinois qui nous observent. Le soleil brille toujours mais le vent semble avoir tourné pour venir nous affronter toute la journée.
Grosse galère pour trouver la bonne route qui finalement se révèle être une piste poussiéreuse, qui quitte la ville en prenant rapidement de l’altitude vers le Nord.
Notre nouvelle carte routière hongroise commence à montrer ses première faiblesses et nous décidons de prendre un petit coup d’accélérateur avec un pick-up qui nous avance de 30 km et nous ramène sur le macadam.
Chine –
Les paysages changent ; sommets enneigés à l’horizon et froid de canard : nous sommes de retour en montagne.
Vers 15h, nous passons un col à 2500 m et entamons la descente vers la plaine et la ville d’Urumqi.
Paysages alpins avec les yourtes mongoles, les mosquées et les églises orthodoxes en plus.
La coupure entre la montagne et la plaine est nette. On passe de l’un à l’autre avec une brutalité étonnante.
25 km à lutter contre le vent en traversant les steppes et nous voilà à Urumqi, la capitale de la province « autonome » du Xinjiang. Des buildings de verre au milieu des plaines avec des sommets blanc en fond de toile. Les compteurs affichent un joli 126 km pour la journée.
Un rapide passage sur internet et le site de CouchSurfing nous met en contact avec Jason (vous remarquerez les jolis noms américains que les Uygurs choisissent pour se présenter à nous), un Uygur d’une trentaine d’année qui nous emmène dans un drôle d’endroit : le ShowerClub…
Nous qui imaginions des compétitions de douche, avec des entraînements, des catégories et des règles strictes, nous avons été une fois de plus fort étonnés par les Chinois.
Ça commence par un lavement complet :douche, brosse à dent, rasoir, sauna et tout le bazar… tous tout nu au milieu des Chinois et des Uygurs.
Puis, on enfile une espèce de pyjama de prisonnier (tous le même) et on accède à une vraie ruche humaine au milieu de la ville : restaurants, jeux, sports, chambres, cinémas… le tout sur trois gigantesques étages, et fermé du monde extérieur. Un ticket d’entrée (3,5 €) donne droit à 24h sur place, avec presque tout à volonté.
On mange, on se redouche, on remange, on se repose, on remange… et on fini par passer la nuit dans les fauteuils d’un salon, perdus au milieu des autres abeilles…
Vendredi 03/04. Deux ou trois aller-retours entre les douches et le petit déjeuner plus tard, nous sortons du complexe, frais, propres et prêts à réattaquer la montagne.
On perd une heure à chercher l’ambassade européenne que Nico a repéré le long du chemin la veille et qui se révèle être une agence immobilière (European Embassy… j’vous jure).
La route 216 nous ramène vers le Sud et monte doucement vers ces montagnes que nous avions vaincues la veille et qui nous défiaient à nouveau, loin dans la brume.
Chine – la famille kazakhe
Aujourd’hui on commence la grimpette. On annonce deux jours de montée pour atteindre le col du Shengli Daban dans les neiges éternelles, à plus de 4200 m d’altitude.
Les paysages sont magiques et font oublier la fatigue qui s’accumule dans les cuisses et les mollets. On arrive dans le petit village de Houxia en fin de journée où nous sommes accueillis comme des princes par une famille de Kazakhs avec qui nous passons une merveilleuse soirée de mimes et de découvertes. Bilan de la journée : 95 km et 1300 m de dénivelé.
Samedi 04/04. Réveil dans le salon kazakh. Petit déjeuner en famille puis on remonte en selle, décidés à en finir avec cette ascension. Les sommets font doucement leur apparition mais l’altimètre refuse toujours de s’emballer. Après 20 km, nous n’avons toujours pris que 300 m d’altitude… ça craint pour la suite. Il reste 22 km et 2000 m à grimper.
Une tempête de neige nous surprend à 10 km du col et nous oblige à nous réfugier dans une petite station météo chinoise où nous recevons du thé, du pain sec et du canard.
Quand le temps se dégage, nous avons les réponses à nos questions : le col est bien visible, là-haut, tout au bout des lacets qui serpentent sur ce versant fraîchement enneigé…
On laisse descendre quelques gros camions, histoire de nous faire une trace, on s’équipe et on s’élance en décomptant les tournants.
Chine – Au col
Ça glisse, ça patine, ça gèle, on pousse mais ça finit par passer : il nous faut plus de 2h30 pour achever ces 9 km jusqu’au col. Mais ça valait largement le déplacement et tous les efforts consentis pour arriver jusqu’ici. Sensation de haute montagne… à vélo.
Mais le temps file. Il est déjà presque 20h et on est toujours loin de toute zone propice à un bivouac. On lance alors une course contre la lumière du jour. Redescendre un max… et vite.
On frôle les 40 km/h sur la piste cahoteuse, on croise nos premiers yacks et 20 km plus bas, on est accueillis dans une base des travaux publics chinois. 74 km ajoutés au compteur et 2200 m de dénivelé dans les mollets. Ils nous font boire de l’alcool de riz avec le souper, on rigole un bon coup puis on s’écroule.
Dimanche 05/04. Avec l’altitude, la brume matinale a disparu. Les montagnes blanches à perte de vue nous donnent des ailes. En plus, à partir d’ici ça va descendre…
Après 10 km, nous retrouvons le bout de la route bloquée que nous avions quittée trois jours plus tôt : on n’est finalement pas déçus par le petit détour effectué !
La piste slalome dans des vallées de haute altitude pour rejoindre Balguntay à l’heure du dîner. Après ces 60 km de descente, nous sommes de retour à 1700 m. Il fait chaud, on peut retirer les moufles.
Petite sieste au soleil puis il est temps d’attaquer notre second col. C’est reparti, ça remonte toute l’après-midi le long d’une vallée aride balayée par le vent.
Chine – La roulotte de Timothé
Vers 20h, on a atteint les 3000 m d’altitude et le nombre de kilomètres prévus par la carte… et toujours pas de col à l’horizon. P***** de carte.
Nous trouvons refuge chez Timothé et sa roulotte pour la nuit (il faut savoir que malgré la meilleure volonté du monde, nous ne parvenons jamais à obtenir ne fût-ce que le prénom de nos hôtes… alors, au hasard d’une phrase en chinois, nous entendons une sonorité qui ressemble à un prénom de chez nous… ce soir ce sera Timothé).
Un énorme poêle ronronne au milieu de sa minuscule roulotte. Il nous invite à fumer du papier journal, on lui propose de regarder « Le Boulet ». Il fait 35°C quand on se met au lit et Timothé remplit le poêle à fond pour la nuit. On se colle aux minuscules fenêtres pour chercher un peu de fraîcheur.
Chine –
Lundi 06/04. Il fait 2°C ce matin dans la roulotte… on fait beaucoup moins les malins. On a délaissé les fenêtres pour se rouler au fond de nos duvets.
Trois kilomètres après avoir quitté le campement, nous atteignons le col. La route redescend dans une large vallée glacière et nous ramène vers des contrées plus vertes.
L’après-midi, nous bifurquons sur une piste qui nous conduit au milieu d’une vallée de steppes où des bergers uygurs à cheval surveillent leurs troupeaux de moutons. Nous croisons des yacks, des chameaux.
Quand le soir tombe, nous trouvons refuge chez des éleveurs, et nous plantons les tentes entre la bergerie et la minuscule yourte qui abrite toute la famille. Nous jouons aux bergers et les aidons à rentrer les troupeaux, eux à cheval, nous à vélo, puis nous passons la soirée en leur compagnie, agglutinés autour du poêle à bouse de yack qui réchauffe leur habitation.
La suite dans quelques jours.
Chine – On remonte pour le second col
|
Chine –
|
Chine –
|
Chine – Nuit sous les etoiles des steppes chinoises
|
Chine –
|
Chine – Ca patine…
|
33 nouvelles photos chinoises
Les derniers commentaires