La course d’orientation par le détail

14 07 2009

par Julien

Croatia Open 2009Voici un petit article technique pour tenter d’expliquer au plus grand nombre ce sport qui est à la base de notre trio : la course d’orientation (bon Nico est VTTiste  pur-sang mais on l’a rencontré parce qu’il « se tape » une orienteuse…).

Le concept de base est simple : il s’agit de parcourir, dans un temps minimum, un parcours dessiné sur une carte et matérialisé par un ensemble de balises disséminées dans la forêt. La course est individuelle, chaque concurrent démarrant à intervalle régulier. Comme ne cessent de le répéter ses plus fervents défenseurs, la course d’orientation associe la condition physique et la navigation, la tête et les jambes.

Pour ce faire, le coureur dispose d’une boussole (ou pas) et d’une carte spécialement conçue pour ce sport : à grande échelle et comportant de multiples détails qui aident à la navigation à travers tout (bancs, souches, formes de relief, courabilité du bois, etc.).
Une puce électronique embarquée permet de pointer ses passages aux balises et de connaître ensuite les temps intermédiaires entre chacune d’elles.

Croatie – Nico le chevronné
Croatie – Nico le chevronné

Quelques principes de base pour comprendre la suite de l’article :
- la forêt est représentée par la couleur blanche et les différents tons de vert. Plus le vert est foncé, plus la forêt est impénétrable et donc la course lente (le vert « caca d’oie » représente les propriétés privées)
- le jaune représente les clairières, prairies et autres champs cultivés
- le noir est utilisé pour les chemins, les rochers et les bâtiments
- les lignes brunes sont les courbes de niveaux (voir cours de géographie 5e secondaire)
- le bleu est utilisé pour l’eau et tout ce qui s’y rapporte.

Voilà c’est basique mais ça permettra aux non-initiés de suivre le trajet sur la carte.

La compétition à laquelle nous avons pris part s’étalait sur trois jours. Une course sprint (généralement en milieu urbain ou en parc, temps du vainqueur 12-15 min), une moyenne distance (35 min) et une longue distance (90 min). Pour assurer le spectacle et l’émulation dans le groupe, nous nous étions tous inscrit dans la catégorie « élite », les parcours les plus longs et les plus durs techniquement. En raison des points « World Ranking » mis en jeu lors de ces trois jours, quelques grosses pointures internationales avaient fait le déplacement, assurant un niveau très élevé autour du podium.

Je vais vous raconter ici les deux premières des trois étapes. L’idéal étant de lire le texte avec la carte ouverte dans une autre fenêtre (en cliquant sur l’extrait) pour passer de l’un à l’autre rapidement. Certains trouveront cela ennuyant… certes… mais  ça diversifie un peu le site et cela fera peut-être naître des vocations…

Croatia Open, 09.07.03, sprint3 juillet : sprint

Rendez-vous dans le petit village de Fužine, que nous avions traversé la veille à vélo pour rejoindre Delnice. Ayant comme à mon habitude oublié de m’équiper en conséquence, je m’élance vers le départ avec une boussole empruntée à François et mes chaussures usées jusqu’à la corde après 21000 km de vélo.
Je pars dans les derniers. J’ai  déjà pu croiser certains arrivés et je connais donc les temps de référence aux différents endroits de la course.
Les élites s’élancent toutes les deux minutes dans les bois. Je m’efforce d’avoir l’air sérieux avec mon équipement de touriste en m’échauffant au milieu des Suédois bariolés de sponsors de la tête aux pieds.
Je reconnais vaguement la tête du type qui part deux minutes devant moi. Un immense blond dont les jambes m’arrivent aux aisselles. Lorsque le commissaire de course l’appelle, je fais tilt : David Andersson. Je le revois, médaille autour du coup avec l’équipe suédoise qui remporta le championnat du monde junior en Espagne il y a huit ans. Entre-temps, j’ai étudié, j’ai surtout guindaillé, et je ne me suis plus beaucoup entraîné. J’espère que lui non plus. Mais vu son assurance, j’en doute fort…

2 minutes. 1 minute. 5 secondes. Top. Après 20 mètres, j’attrape ma carte et je la lis en un éclair, le temps de passer au point de départ (triangle sur la carte). Je fonce vers les terrains de tennis, un repère majeur sur la route vers la première balise. Une rapide évaluation de la position du poste par rapport aux terrains et je coupe dans les bois. Je perds quelques secondes en allant chercher dans un fossé plus loin mais je trouve vite le poste. Parfait pour se mettre en confiance.
Poste 2: Deux choix de cheminement. Gauche et droite des habitations (les zones « caca d’oie » sont interdites). A droite zone de vert foncé difficile à traverser, je choisis l’option de gauche. Je fonce sur l’asphalte.
Poste 3: Contour du bâtiment par la droite. Les concurrents qui me précédent ont déjà fait une belle trace à travers la zone verte. Ça passe bien. Je vois bien la vallée. Je monte sur le nez. La Balise est là. Bip.
Poste 4: je reste sur le flanc en essayant de garder la courbe de niveau. Dans la vallée j’attrape le sentier. Bifurcation de gauche. Quand le sentier commence à disparaître, je remonte légèrement. Le poste doit être là…
À ce moment, je vois débouler le fameux David Andersson à pleine vitesse qui passe à proximité de la balise… Oh merde je suis déjà revenu sur lui ? Ma forme est bien meilleure que ce que je pensais… Je passe par la balise et m’élance à sa poursuite, en essayant de ne pas le perdre de vue.
Poste 5: Ce n’est qu’en arrivant au carrefour dans le village que je comprend… Pas de balise 5 par ici… il va à la 8, il a fait une boucle en plus… Je suis trop con…
Je ne perd pas le moral pour autant… je cours contre les autres Belges, David Anderson est sur une autre planète. En remontant à travers la sapinière vers la balise 4, je chute et explose ma boussole. J’ai de l’huile partout. Elle ne me sera pas très utile pour la fin de la course mais c’est pas la mienne…
Depuis la 4, je remonte vers la zone dégagée. Je la quitte par la petite clairière au sud qui m’évite de traverser du vert foncé trop longtemps. Je passe par le sommet un peu rond puis descend vers le poste en me dirigeant grâce à la pairie située en contrebas.
Poste 8: Cette fois je connais. Je dévale la colline en repassant par le poste 4, continue jusqu’au village et trouve la balise au coin d’un parking privé à l’arrière d’une maison.
Poste 9: J’hésite une demi seconde à faire le grand tour par la route vers la gauche. Finalement j’opte pour la trajectoire la plus courte. Petit pont, champs puis à travers tout en remontant vers le haut du village. Beaucoup de traces d’autres coureurs, ça aide. Arrivé au sommet du second champs à bout de souffle, je coupe entre les deux bâtiments. Le poste est dans la grand rue, sur le coin d’une maison.

Croatie – Julos n'en peut plus
Croatie – Julos n’en peut plus

Poste 13: je commence à être dans le rouge. Un rapide coup d’œil à la carte et je me rends compte que j’ai fait une seconde grosse bêtise: j’ai oublié la balise 10. Meeeeeeeerde. Je repars à l’envers pour une seconde boucle 10/11/12 (obligé de prendre toutes les balises dans l’ordre : si je reviens à la 10, je dois repasser par les 11 et 12 avant d’attaquer la 13).
Après avoir repointé la 12, je descends en sautant la volée d’escalier, rentre dans l’enceinte de l’église et trouve la balise 13 dans un coin, à l’arrière du bâtiment sacré.
Poste 14: Volée d’escalier pour se retrouver sur la route. Premier embranchement à gauche. Seconde volée et la balise est derrière le coin d’une maison.
Poste 16: Je suis à nouveau dans le rouge. Plus assez de concentration. Erreur de navigation et je fais le tour du bloc par la gauche (le meilleur cheminement était par la droite). Je perds encore quelques secondes.
Poste 17: Remonter la rue principale, s’engouffrer dans un petit sentier qui redescend vers le lac. Au pied des escaliers se trouve la balise spectacle (17) à coté de laquelle se trouve la bande des rigolos qui m’obligent, selon notre tradition, à affoner une bière avant de reprendre la route. Ça amuse beaucoup les autres spectateurs et je remonte le ventre lourd vers les quatre dernières balises qui forment une petite boucle autour du barrage. Andersson a sûrement déjà pris sa douche…

Résultats

1 - David Andersson - SWE - 14:27
14 - Jean-Baptiste Colomb - FRA - 18:38
16 - Christophe Bernard - BEL - 19:32
18 - Julien Goubau - BEL - 20:18
26 - François Hanzen - BEL - 24:33
27 - Nicolas Casteels - BEL - 32:44

1 - Marit Kahrs - NOR - 17:13
7 - Séverine Vandermeulen - BEL - 19:19

Croatia Open, 09.07.04, middle4 juillet : moyenne distance
Carte beaucoup plus technique que la veille : relief détaillé comportant de nombreuses « dolines » (sortes de collines inversées due à l’érosion calcaire). 4,7 km à vol d’oiseau entre le départ et l’arrivée, 125 m de dénivelé positif.

Poste 1: N’ayant plus tenu de cartes techniques comme celle-ci en main depuis des années, il va falloir y aller tranquille pour ne pas se planter. Je fonce plein pot jusqu’à la petite maison puis je pile sur les freins avant de rentrer dans la forêt.
L’échelle est différente de la veille. Ça perturbe toujours un peu au début. Je vois bien le croisement des chemins, je prends à droite. Après 100 m, je m’enfonce dans les bois. Je contourne la première dépression (gros trou), puis la seconde, je vois les deux petits sommets, le poste est bien là entre les deux. Bon boulot. Parfait pour la confiance.
Poste 2: Ne surtout pas s’emballer. Ne pas aller trop vite. Toujours savoir où je suis. Je pars vers le second poste à la boussole. Je croise le chemin. Je vois la grosse doline que je contourne par la droite. Je pique vers la dépression suivante. Le poste doit être au bout, dans un trou. Il est là. Bip.
Poste 3: Je retrouve le chemin, traverse la clairière, vois l’énorme doline profonde sur la droite. Juste après je quitte le chemin et navigue doucement entre les trous. Pouf pile sur la balise. Vraiment trop gai.
Poste 7: Je commence à prendre doucement mes marques sur ce type de terrain, pas encore de faute technique. J’accélère un peu le rythme. Je quitte la 6 à l’azimut vers la clairière. Je croise le chemin au sommet de la colline et plonge vers la forêt en contrebas. Je passe entre les deux grosse dolines sur un « pont » puis trouve la suite de dépressions qui me mènent directement à la septième balise.
Poste 10: Depuis la neuvième balise, je suis revenu sur le coureur parti avant moi. Un nordique tout blond, facile à repérer dans cette forêt dense. Je fais une légère courbe entre les deux balises, pour rester en vue des trois dépressions qui forment une autoroute vers mon objectif. La forêt est plus dense qu’ailleurs. J’entrevois parfois le dos de mon lièvre à travers les taillis. Il met quelques secondes à trouver la balise. Je reviens sur lui et on ressort ensemble du trou.

Croatie – Jib meilleur en gobelet qu'en CO
Croatie – Jib meilleur en gobelet qu’en CO

Poste 11: Fidèle à mes faiblesses du passé, cette course sans faute et la vue de ce coureur me donnent un excès de confiance dont je me serais volontiers passé. Je quitte le Finlandais qui est parti tout droit à travers tout et je me lance à fond vers le chemin. Je vois le premier croisement, l’angle… j’accélère encore. Puis d’un coup, je perds la trace du chemin qui se perd entre les trous. Pas grave. Je sais plus ou moins où je suis. Le poste doit être là.
Non pas là. Là alors ? Non plus. Dans ce trou-là ? C’est pas possible. Merde. Petite panique à bord. Je revisualise sur la carte l’itinéraire jusqu’ici. Rien ne correspond. Je vais me recaler plusieurs fois sur la grande clairière au nord-est. Je le trouve finalement après 6 longues minutes de « jardinage ». Le moral à zéro.
Un autre guerrier blond venu du nord surgit à ce moment et je me cale dans son sillage jusqu’à la 14e balise, le temps de reprendre mes esprits.
Poste 15: Je fais un choix différent de celui de mon lièvre. Je retrouve la cabane de mon premier poste puis j’oblique vers le gros chemin qui me conduit tout près de la balise. Une attaque à allure modérée. Entre les deux dépressions, une clairière droit devant. Le trou de gauche. Hop c’est dans la poche.
Encore quatre longues minutes perdues à la 17e balise suite à un azimut un peu imprécis. Dans ce type de forêt, ça ne pardonne pas. Et il faut du temps avant de se recaler sur un objet dont on est sûr.
Trois dernières balises faciles dans les champs, un gobelet de bière offert par JF et un sprint difficile pour terminer cette deuxième étape.

Croatie – Sev qui court toujours
Croatie – Sev qui court toujours

Résultats

1 - David Andersson - SWE - 31:34
9 - Christophe Bernard - BEL - 42:01
16 - François Hanzen - BEL - 51:43
20 - Jean-Baptiste Colomb - FRA - 58:12
21 - Julien Goubau - BEL - 58:27
30 - Nicolas Casteels - BEL - 88:41

1 - Karoliina Sundberg - FIN - 30:35
6 - Séverine Vandermeulen - BEL - 40:59

Ça vous tente d’essayer un parcours (pour débutant, confirmé, marcheur ou coureur) un de ces prochains week-ends ? Allez faire un tour sur le calendrier des organisations belges sur www.frso.be.

Croatie –
Croatie –
Croatie – Une eau turquoise comme à Ostende
Croatie – Une eau turquoise comme à Ostende
Croatie –
Croatie –
Croatie – Jib meilleur en gobelet qu'en CO
Croatie – Jib meilleur en gobelet qu’en CO
Croatie – Petit plongeon du matin
Croatie – Petit plongeon du matin
Croatie – Non loin de la frontière slovène
Croatie – Non loin de la frontière slovène

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Une réponse à “La course d’orientation par le détail”

14 07 2009
Marie (15:15:43) :

Merci pour la 4ème carte postale ! Snif, c’est la dernière …
(Au passage, vous savez, ici, à Liège, on ne parle même plus du Standard :-) )
Bonne route pour la suite, à bientôt !
Bizes, Marie

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