[update]La Première, Cocktail Curieux, ce jeudi 2 juillet en direct de Croatie
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Ça devait être des vacances de rêve. Une grosse semaine de vélo entre Istanbul et Sofia. 600 km à travers les nombreux parcs naturels situés dans le massif du Rodopi, entre la frontière grecque et la capitale bulgare.
Pour la convaincre, je lui avais parlé du soleil turc, des lacs et des torrents limpides, des montées très courtes et des descentes sans fin. Et ça avait fonctionné. Elle avait réussi à arracher dix jours de congé à son cabinet ministériel, et me demandait encore la veille du départ par e-mail si elle devait prendre une veste de pluie et autre chose que des sandales à se mettre aux pieds… Après avoir embarqué un bikini et un grand essuie de bain, elle avait encore beaucoup de place dans ses sacoches.
Turquie –
Au début, tout s’était passé comme prévu : elle avait atterri à Istanbul à l’heure. Il faisait tout bleu. Nous étions tout les cinq accueillis comme des rois dans le gigantesque appartement d’Aydan, une amie rencontrée en Erasmus quelques années plus tôt. Le soir-même, nous avons loué un bateau avec des amis turcs pour faire la fête à bord en remontant doucement le détroit du Bosphore. Le lendemain, JF et Nico étaient parti à vélo vers la frontière grecque et nous avions profité d’une journée supplémentaire avec Béné sous le soleil de Turquie avant d’embarquer dans un train en direction d’Edirne.
Une arrivée au milieu de la nuit, un bivouac à la belle étoile dans un champ de blé et un réveil avec les premiers rayons du soleil… jusque là c’était parfait…
Bulgarie –
Mercredi 17. C’est alors que tout a commencé. Un kilomètre après le premier coup de pédale, la roue arrière de Sophie nous obligeait à faire notre première pause mécanique pour réparer cinq crevaisons. Elle établissait par la même occasion un nouveau record dans l’histoire de notre voyage. A force de nous voir nous acharner sur cette chambre à air, le patron du bistro voisin nous invite pour le petit déjeuner. Une dernière tasse de çay et on s’élance enfin pour les ultimes kilomètres turcs. Nous traversons alors une première frontière sous l’œil inquisiteur du douanier qui ne semble pas reconnaître ma tête sur le passeport, parcourons 40 km en territoire grec sans rien comprendre de ce que nous lisons ni de ce que l’on nous raconte, et nous voilà en Bulgarie. Le reste de la journée se passe sans encombre, au milieu de paysages qui ressemblent à la Toscane selon les critères de Sophie, ou à la Gaume selon les miens. Le débat était intense. Malgré une fin de journée raccourcie par une série de gros orages, le compteur affiche un joli 94 km lorsque nous plantons la tente dans une clairière humide non loin du petit village de Krumovgrad. Habitué depuis quelques mois à être accueilli chez l’habitant, je retrouve avec beaucoup de plaisir les joies des nuits sous la tente, des pâtes brulées au fond de la casserole et des gros insectes cachés le matin au fond des chaussures.
Jeudi 18. Il pleut toute la nuit. Au réveil, tout est trempé. Un bon café chaud et l’illusion donnée par des bouts de ciel bleu qui apparaissent à l’horizon nous redonnent assez de courage pour remonter en selle. Ayant reçu la certitude, statistiques à l’appui, que la Bulgarie était un pays ensoleillé et chaud, la pluie ne nous apparaissait, après deux jours de voyage, que comme un manque évident de chance, un accident de parcours.
C’est lors de cette seconde journée de vélo qu’il est apparu de plus en plus évident que les distances sur la carte à partir desquelles j’avais établi mes calculs kilométriques étaient environ 20% inférieures aux distances réelles. En plus d’être un mauvais météorologue, je devenais également aux yeux de Sophie un très mauvais cartographe.
Bulgarie –
Les journées suivantes se déroulent en grande partie sous le soleil, ce qui me fait remonter petit à petit dans son estime, mais le relief de plus en plus montagneux ne nous permet plus, malgré la bonne forme physique de Sophie, de dépasser les 80-85 km par jour.
Le vendredi soir, après une pause dans la ville de Smoljan, nous nous lançons dans le premier col digne de ce nom : pas loin de 900 m de dénivelé pour atteindre l’entrée sud de notre premier parc naturel qui abrite, selon les panneaux informatifs, des ours bruns et des loups. Ambiance donc lors du bivouac à la belle étoile quelques kilomètres sous le col.
Le lendemain matin, nouvel incident majeur : très fier de reprendre le rôle de chef mécano en l’absence de Nico, je mets un peu trop d’énergie pour regonfler le pneu arrière de Sophie et j’arrache la pipette. Comme elle m’avait certifié que « de toute façon j’ai jamais crevé », on n’avait pas cru bon de s’encombrer d’une chambre à air de secours. On perd donc la matinée à redescendre à Smoljan en stop, à chercher une chambre à air de 28“, puis à aller forer un trou plus large dans sa jante pour faire passer la nouvelle pipette.
Mais ce matin-là, il fait beau et chaud. Le moral reste donc au zénith lorsque nous attaquons les derniers virages en lacet, aux alentours de 11h30. La descente sur l’autre versant est splendide, les loups sont bien cachés et le compteur s’emballe. De retour dans la vallée, un prêtre orthodoxe rencontré par hasard nous ouvre avec sa clé de 30 cm les portes de sa magnifique petite église datant de 1830. Tout est d’origine et superbement conservé. Nous arrivons en fin de soirée dans la petite ville de Dospat et bivouaquons sous les étoiles au bord de l’immense lac du même nom.
Dimanche 21. Les orages tonnent toute la nuit mais épargnent finalement notre rive. Le réveil se fait donc sous le soleil et s’enchaîne avec une petite ascension matinale non-programmée qui finit de nous mettre de bonne humeur pour la journée. C’est de toute façon un bon entraînement pour ce gros col prévu le lendemain qui commence tout doucement à pointer le bout de son nez sur la carte. Alors que l’après-midi avance doucement au rythme de nos coups de pédale, le ciel se couvre de nuages gris et les sous bois se tapissent de fraises des bois, ce fruit local qui se vend un peu partout aux abords de la route, en ravier ou en confiture. Les premières gouttes font leur apparition dans la descente vers Velingrad, rapidement suivie par des pluies torrentielles qui nous obligent à nous réfugier dans un abribus en ruine pour un rapide pique-nique devant ce spectacle désolant. Une grosse dizaine de kilomètres plus loin, la pause café, censée nous redonner du courage pour entamer une grosse après-midi sportive, est de nouveau prolongée contre notre volonté. Nous restons sagement à l’abri dans un café du centre ville pour regarder les trombes d’eau qui se déversent dans les rues. C’est seulement tard dans l’après-midi qu’une accalmie nous permet de reprendre la route pour quelques kilomètres, avant d’être de nouveau obligés de trouver un toit.
Bulgarie –
Nous prenons le relais d’une famille bulgare venue fêter un anniversaire dans une cabane en bois non loin de la route et décidons d’y établir le campement pour la nuit. Avec le bois le moins humide trouvé aux alentours, nous allumons un feu assez grand pour faire brûler la moitié des affaires qui sèchent autour et pour y cuire deux magnifiques truites achetées plus tôt dans la journée.
Lundi 22. Réveil au milieu des averses. Dur pour le moral. La tente n’est pas encore démontée que nous sommes déjà trempés. Mais il faut lever le camp. Aujourd’hui est un grand jour. Nous attaquons LE col du voyage. Le dernier qui nous sépare encore de Sofia mais le plus dur à gravir. Aucune information d’altitudes sur la carte mais la route traverse de part en part l’énorme massif du Rila, le plus grand et le plus haut parc national bulgare. Vers 10h30, une première salve nous oblige à nous réfugier autour d’un café dans le petit village de Jundola. Entre deux nuages noirs, nous perdons toute l’altitude accumulée depuis le départ pour redescendre à 800m, juste au pied du col. Mais nous n’avons pas beaucoup de temps pour faire du tourisme. Devant nous, des gros nuages noirs annoncent la suite des festivités. L’énorme masse qui se profile alors dans le ciel nous convainc assez rapidement de faire un petit détour jusqu’à la ville de Jakuroda pour laisser passer l’orage autour d’une pizza. Il pleut encore un peu quand nous quittons le restaurant mais on s’oblige à reprendre la route pour éviter de devoir dormir en haut du col. Il est 15h30. Nous espérons être de l’autre coté pour la nuit.
Trois heures plus tard, nous arrivons à l’entrée du parc. Nous avons alors parcouru 17 km et l’altimètre frôle les 2000 m. Mais la belle surface macadamisé nettement dessinée sur ma carte bulgare se transforme en un monstrueux chemin de montagne, qui continue à monter vers le Nord. Pas très sûrs de nous, nous continuons alors à monter, en espérant que le refuge prévu quelques kilomètres plus loin sera ouvert à cette période de l’année.
Une heure plus tard, alors que la fatigue commençait à ronger le moral de Sophie, nous arrivons en vue du refuge. Les aboiements d’un chien nous redonnent de l’espoir. Une nuit à cette altitude avec notre équipement d’été, ce serait du sport. En poussant la porte d’entrée, on se retrouve dans une confortable salle de séjour où ronronne un gros poêle à bois et où un groupe de randonneurs tchèques, bloqué depuis le début de l’après-midi par le mauvais temps, se réchauffe autour d’une bouteille de Raki. Le Bonheur. On fait sécher tout notre équipement, on cuisine nos pâtes sur notre petit réchaud et on s’endort crevés dans le dortoir commun. Demain ça descend.
Mardi 23. Branle-bas de combat très tôt dans le refuge. Il fait magnifique mais les nuages remontent à une vitesse folle depuis la vallée. Il faut se dépêcher. Rapide déjeûner à la fraise des bois et on quitte la vieille bâtisse. Une heure de grimpette supplémentaire pour atteindre le col. On y arrive en même temps que les Tchèques à pied qui peuvent se permettre de couper les tournants. Le ciel est tout bleu. C’est magnifique. 2450 mètres au dessus du niveau de le mer. Ici commence la longue descente jusque Sofia. Nous décidons de passer outre les conseils du gardien du refuge et entamons la descente malgré le panneau « Eitritt absolut verboten » qui en interdit l’accès.
Bulgarie –
Le lac situé en contrebas est un réservoir d’eau potable pour la ville de Sofia et un poste de police situé plus loin dans la vallée en contrôle l’accès. Comme nous arrivons depuis le flanc de montagne qui le surplombe, nous espérons être bloqués seulement en bas, et renvoyés vers Sofia. On nous a bien montré un itinéraire bis la veille sur les cartes tchèques mais celui là nous prendrait deux ou trois jours supplémentaires sur des chemins de montagne. Nous n’avons pas ce temps. Alors on entame la descente. 10 km de sentier, au milieu des sapins et des plaques de neige. C’est splendide mais difficile techniquement. Et ça use. Les chutes s’enchaînent.
Le policier qui nous arrête plus bas n’a pas l’air bien méchant. Il ne comprend pas très bien d’où l’on vient, ne parle pas un mot d’anglais et se limite donc à prendre nos identité et à nous faire signer un papier qui ressemble fort à une contravention. On s’en tire donc pas trop mal. On retrouve avec beaucoup de bonheur l’asphalte qui redescend vers les plaines. Quelques pauses café et de nombreuses averses plus tard, nous entrons trempés jusqu’aux os dans les faubourgs de Sofia. Sous la pluie ,cette ville qui n’avait pas les faveurs des quelques touristes rencontrés en route, nous paraît néanmoins fort sympathique. Nous faisons confiance à un gars rencontré en rue qui nous emmène chez des amis à lui qui tiennent un petit hôtel jumelé avec des salles d’expositions artistiques et un bar dans les caves. Ce soir il y a un vernissage. Il y a plein de monde. L’ambiance est cool.
Mercredi 24, la pluie est toujours là. La visite de la ville est remplacée par un tour des bars. Le ciel est déprimant. Le moral n’est réchauffé que par les cafés et chocolats chauds que nous enchaînons. C’est décidé, l’an prochain on ira au Club Med…
Depuis Sofia, j’ai rejoint Nico et JF à Sarajevo pour terminer à trois le sprint de plus de 130 km par jour (toujours sous la pluie) afin d’atteindre les plages de Croatie à temps. Nous avons rendez-vous avec des amis pour rouler avec eux vers la Slovénie. Là, des étape de 70 km sont prévues, agrémentées de journées de plage, rando, course d’orientation et escalade… Un programme d’été quoi !
Bulgarie –
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